mardi 19 septembre 2017

Sylvie Lindeperg et Ania Szczepanska : A qui appartiennent les images ?

Msh Paris - Septembre 2017 - Collection : Interventions


Dans nos sociétés « iconophages », l'attrait pour les archives audiovisuelles s'accroît, menaçant parfois l'intégrité des images qui façonnent notre mémoire et nos imaginaires du passé. Leur importance est cruciale et pourtant elles ne bénéficient pas d un statut équivalent à celui des archives écrites ; elles ne profitent pas non plus pleinement des protections accordées aux oeuvres d'art. Parallèlement, la révolution numérique modifie en profondeur les conditions d'accès, de circulation et de reproduction des images, posant de constants défis aux institutions chargées d'en assurer la conservation et la communication. Ainsi, les usages des images d'archives soulèvent des questions politiques et éthiques tandis que leurs coûts freinent l'expérimentation de formes plus innovantes d'écriture de l'histoire dans le cadre de dispositifs pédagogiques et scientifiques. Parce qu'elles sont entrelacées, ces questions nécessitent une réflexion de fond associant historiens, juristes, philosophes, conservateurs, cinéastes, producteurs... Le présent ouvrage se propose d'amorcer ce dialogue nécessaire en dépliant les questions liées à la conservation, à l interprétation, à la circulation et aux usages des images d archives.

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Marie José Mondzain : Confiscation. Des mots, des images et du temps

Les Liens qui libèrent - Septembre 2017


Ne faut-il pas rendre au terme « radicalité » sa beauté virulente et son énergie politique ? Tout est fait aujourd'hui pour identifier la radicalité aux gestes les plus meurtriers et aux opinions les plus asservies. La voici réduite à ne désigner que les convictions doctrinales et les stratégies d'endoctrinement. La radicalité, au contraire, fait appel au courage des ruptures constructives et à l'imagination la plus créatrice. La véritable urgence est bien pour nous celle du combat contre la confiscation des mots, celle des images, et du temps. Les mots les plus menacés sont ceux que la langue du flux mondial de la communication verbale et iconique fait peu à peu disparaître après leur avoir fait subir torsion sur torsion afin de les plier à la loi du marché. Peu à peu c'est la capacité d'agir qui est anéantie par ces confiscations mêmes, qui veulent anéantir toute énergie transformatrice. Si ces propositions font penser que je crois dans la force révolutionnaire de la radicalité, on ne s'y trompe- ra pas, à condition de consentir à ce que la révolution ne peut exister qu'au présent. La lutte n'est et ne sera jamais finale, car c'est à chaque instant que nous sommes tenus d'être les hôtes de l'étrange et de l'étranger pour faire advenir ce qu'on nous demande justement de ne plus attendre et même de repousser. La radicalité n'est pas un programme, c'est, la figure de notre accueil face à tout ce qui arrive et ainsi continue de nous arriver.

Marie José Mondzain est philosophe, directrice émérite au CNRS, spécialiste du rapport à l'image. Son travail se prolonge dans le champ politique. Elle a publié entre autres Image, icône, économie... (Seuil), Le commerce des regards (Seuil), Homo spectator (Bayard) ou Qu'est-ce que tu vois ? (Gallimard).

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vendredi 15 septembre 2017

Jean-Noël Duhot : L'énigme platonicienne

Kimé - Septembre 2017


La question platonicienne est traversée par une énigme qui défie les interprètes depuis les travaux de Léon Robin, qui datent de plus d'un siècle. Platon a-t-il élaboré une doctrine, ou sa pensée est-elle tout entière contenue dans les dialogues ? Autrement dit, y a-t-il un enseignement secret de Platon qui n'apparaîtrait pas dans son oeuvre écrite ? Le témoignage des doxographes, à commencer par Aristote, laisse entendre que Platon a bien enseigné une doctrine, mais comment expliquer le silence des dialogues ? Analysant l'étrange passage du Timée qui s'articule sur la gamme pythagoricienne, J.-J. Duhot, qui a aussi été musicien professionnel, en a décrypté la clef, qui avait échappé à tous les interprètes : le Même code l'octave, soit le rapport 2, et l'Autre code la quinte, soit le rapport 3/2. Cette clef, indiscutable en elle-même, comme le démontre J.-J. Duhot, permet d'établir la grille de lecture qui éclaire toutes les obscurités du passage. On a donc là une double équivalence, entre métaphysique (Même et Autre), acoustique (octave et quinte), et mathématiques (construction arithmétique de la gamme). J.-J. Duhot montre que c'est la matrice sur laquelle Platon construit son oeuvre et met en place le postulat de mathématicité du monde, qui sera la base de toute la science moderne, à partir de Galilée. La gamme du Timée offre un modèle mathématique, la division de 2 en produits de facteurs dans un système logarithmique, qui résout (métaphoriquement) les problèmes de l'un et du multiple. On voit ainsi apparaître un « cycle éléatique » dans lequel, au fil des dialogues, Parménide, Théétète, Sophiste et Politique, se met en place une véritable doctrine platonicienne. Doctrine secrète qui s'offre au lecteur qui sait en décrypter le code.

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Alain Deneault : Le Totalitarisme pervers. D’une multinationale au pouvoir

Rue de l'échiquier - Septembre 2017


















Peut-on parler de « totalitarisme » quand il s’agit de nommer le pouvoir des multinationales tel qu’il s’est construit et imposé depuis le début du XXe siècle ?
Alors que la pratique politique moderne voudrait que les sujets d’une collectivité obéissent aux lois, non aux puissants, on assiste à un renversement pervers : ce sont les multinationales, aujourd’hui, qui soumettent la délibération des assemblées politiques à d’autres « lois », leurs lois, qu’elles s’assurent de rendre efficaces : la « loi » du marché, la « loi » de la concurrence, la « loi » universelle de l’offre et de la demande.
Ce livre étudie la façon dont les pétrolières, imitées en cela par des multinationales d’autres secteurs, se constituent telles des autorités souveraines de nature privée. L’entreprise Total est en la matière un cas d’école. Se présenter comme la « huitième des Sept Soeurs », en référence aux majors du pétrole, et se dire « total » pour bien marquer cette prétention, c’était, au milieu du XXe siècle, chercher à s’imposer à son tour dans un ordre où les sociétés multinationales se développaient indépendamment des États qui les avaient créées, à la manière d’un Frankenstein.

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Joel Kaye : Histoire de l'équilibre (1250-1375). L’apparition d’un nouveau modèle d’équilibre et son impact sur la pensée

Les Belles Lettres - Septembre 2017


Les mouvements du monde peuvent-ils se régler d’eux-mêmes et produire leur propre stabilité bien équilibrée ? Les choses s’arrangent-elles toutes seules ?
Ce rêve de toujours, constamment mis en déroute et retrouvé, a connu en Occident latin, pendant plus d’un siècle, (1250-1375) une vogue intense et a même produit un modèle unitaire et ambitieux qui affectait la pensée économique scolastique, la doctrine politique, le savoir médical et la philosophie naturelle. Les penseurs les plus aigus et les plus novateurs de l’époque ont montré le fonctionnement et surtout les immenses possibilités offertes par ce modèle, qui a entraîné de capitales orientations nouvelles. 
C’est ce qu’a découvert Joel Kaye dans ce très grand livre, qui réussit à être fort lisible et d’une érudition ébouriffante et qui nous fait saisir les séductions encore actuelles de ce beau mirage. 
Ce livre a été couronné en 2017 par la médaille Haskins (Medieval Academy of America) et a obtenu le prix Jacques Barzun (American Philosophical Society).(2016-12-21)

Joel Kaye est professeur au département d’histoire de Barnard College, à l’université Columbia de New York. Parmi ses dernières publications, Economy and Nature in the Fourteenth Century: Money, Market Exchange, and the Emergence of Scientific Thought (Cambridge University Press, 1998).

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jeudi 14 septembre 2017

Axel Honneth : L'idée du socialisme

Gallimard - Septembre 2017 - NRF Essais


Nos sociétés sont travaillées par une contradiction étonnante et inexplicable : jamais autant de gens n'ont simultanément dénoncé les conséquences sociales et politiques générées par la mondialisation ; jamais autant de gens n'ont été incapables de dépasser l'état de choses existant et d'imaginer un état social innovant au-delà du capitalisme. Cette dissociation de l'indignation d'avec tout objectif d'avenir est quelque chose de nouveau dans l'histoire de la modernité. Les processus socio-économiques apparaissent désormais bien trop complexes, voire totalement opaques à la conscience publique pour que soient jugées possibles des interventions humaines ciblées. La célèbre analyse du fétichisme développée par Marx dans le Capital ne prend qu'aujourd'hui son sens historique : ce n'est pas dans le passé du capitalisme, lorsque le mouvement ouvrier imaginait encore pouvoir transformer la situation donnée, mais seulement de nos jours que triomphe la conviction générale selon laquelle les relations sociales sont aussi peu transformables dans leur substance que le sont les choses extérieures. Si l'indignation générale suscitée par la répartition scandaleuse de la richesse et du pouvoir ne nous rend manifestement plus capable d'identifier un objectif accessible, la raison n'en est pas la disparition de l'alternative au capitalisme incarnée par le régime soviétique qui ne dispensait certains avantages sociaux qu'au prix de la privation de liberté, moins encore une transformation radicale dans notre compréhension de l'histoire et le culte du présent immédiat, mais la prédominance d'une conception fétichiste des rapports sociaux. A la lumière de cette analyse, Axel Honneth élabore les modifications conceptuelles nécessaires - notamment la "liberté sociale" - afin que les idées socialistes retrouvent leur virulence perdue.

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Clément Rosset : Esquisse biographique. Entretiens avec Santiago Espinosa

Encre marine - Septembre 2017


Dans ce livre, Clément Rosset s’entretient librement avec Santiago Espinosa sur divers sujets.

Dans une première partie, comprenant cinq entretiens, Rosset raconte avec humour les quatre épisodes marquants de sa vie l’ayant conduit à la réflexion philosophique. Il est ainsi question de son enfance, de son amour de la musique et de la littérature, de ses années de normalien et de son entrée à l’Université de Nice. Il y revient sur ses auteurs de prédilection, sur ses rapports avec l’Académie et avec les philosophes dont il a été le contemporain et parfois l’ami (Cioran, Deleuze, Jankélévitch, Descombes).

Dans une seconde partie, deux entretiens visent, au vu d’un certain nombre de contresens ayant été faits par des commentateurs à son égard, à clarifier et à détailler les concepts-clés de sa philosophie : le double et le réel. Il s’agit donc à la fois d’un livre biographique, où Rosset parle de lui-même, et d’un ouvrage de fond, où le lecteur trouvera, tantôt un supplément conceptuel aux livres qu’il aura lus de sa philosophie, tantôt une introduction et une invitation à leur lecture. (2016-12-21)

Clément Rosset (Carteret, 1939) a enseigné la philosophie de 1967 à 1998 à la Faculté de Nice. Œuvres principales : La Force majeure (Éditions de minuit, 1983) et Le Réel et son double, essai sur l’illusion (Gallimard, 1976). Dernier ouvrage paru : Faits divers (PUF, 2013).
Santiago Espinosa (Mexico, 1978) est docteur en philosophie et traducteur. Ses travaux ont comme centre d'intérêt le rapport entre musique, littérature et philosophie. Il a publié chez Encre marine Voir et entendre, critique de la perception imaginative (2016), préfacé par Clément Rosset.

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Anselm Jappe : La société autophage. Capitalisme, démesure et autodestruction

La découverte - Septembre 2017



Dans La Société autophage, Anselm Jappe s'intéresse au sujet narcissique-fétichiste, qu'il identifie comme la subjectivité propre au capitalisme de crise. La " critique de la valeur " élargit ici son discours à la sphère des structures psychiques, à la recherche du sujet même de la fétichisation de la marchandise. Ce livre s'adresse à tous ceux qui se préoccupent de la " pulsion de mort " de la société actuelle et qui pensent qu'elle est le résultat d'une véritable crise de civilisation.

Le mythe grec d'Érysichthon nous parle d'un roi qui s'autodévora parce que rien ne pouvait assouvir sa faim – punition divine pour un outrage fait à la nature. Cette anticipation d'une société vouée à une dynamique autodestructrice constitue le point de départ de La Société autophage. Anselm Jappe y poursuit l'enquête commencée dans ses livres précédents, où il montrait – en relisant les théories de Karl Marx au prisme de la " critique de la valeur " – que la société moderne est entièrement fondée sur le travail abstrait et l'argent, la marchandise et la valeur. 
Mais comment les individus vivent-ils la société marchande ? Quel type de subjectivité le capitalisme produit-il ? Pour le comprendre, il faut rouvrir le dialogue avec la tradition psychanalytique, de Freud à Erich Fromm ou Christopher Lasch. Et renoncer à l'idée, forgée par la Raison moderne, que le " sujet " est un individu libre et autonome. En réalité, ce dernier est le fruit de l'intériorisation des contraintes créées par le capitalisme, et aujourd'hui le réceptacle d'une combinaison létale entre narcissisme et fétichisme de la marchandise. 
Le sujet fétichiste-narcissique ne tolère plus aucune frustration et conçoit le monde comme un moyen sans fin voué à l'illimitation et la démesure. Cette perte de sens et cette négation des limites débouchent sur ce qu'Anselm Jappe appelle la " pulsion de mort du capitalisme " : un déchaînement de violences extrêmes, de tueries de masse et de meurtres " gratuits " qui précipite le monde des hommes vers sa chute. 
Dans ce contexte, les tenants de l'émancipation sociale doivent urgemment dépasser la simple indignation contre les tares du présent – qui est souvent le masque d'une nostalgie pour des stades antérieurs du capitalisme – et prendre acte d'une véritable " mutation anthropologique " ayant tous les atours d'une dynamique régressive.

Théoricien marxiste spécialiste de Guy Debord, Anselm Jappe est notamment l'auteur de Guy Debord (Denoël, 2001), Les Aventures de la marchandise (Denoël, 2003) et Crédit à mort (Lignes, 2004).

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mercredi 13 septembre 2017

Philippe Némo : Philosophie de l'impôt

PUF - Septembre 2017


En ces temps où les prélèvements obligatoires battent tous les records et atteignent, pour la première fois dans l'histoire des pays civilisés, quelque 50 % du PIB, il convient de remettre entièrement à plat les principes de la fiscalité. Il faut s'interroger sur les fonctions légitimes des impôts, leur volume souhaitable, leur juste répartition, enfin le type même de société que chaque conception de l'impôt tout à la fois reflète et engendre. Réflexions devenues rares en France depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, où ont paru triompher, avec l'accord de la plupart des partis politiques, les principes fiscaux inspirés par le socialisme marxiste ou modéré, le solidarisme et le keynésianisme. Une telle démarche ne prend tout son sens que si l'on dépasse le point de vue technique du juriste fiscaliste ou de l'économiste. En effet, la fiscalité n'est pas un phénomène autonome, mais un rouage de la vie politique, économique et sociale. A ce titre, les idées qu'on se fait à son sujet dépendent de celles qu'on se fait de l'Etat, de la société, de l'économie, et même de la nature humaine et de la liberté. D'où la nécessité d'une Philosophie de l'impôt.

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mardi 12 septembre 2017

Ginette Michaud : Derrida Celan. Juste le poème peut-être

Hermann - Septembre 2017 - Le Bel aujourd'hui


La poétique de Celan a profondément incisé la réflexion de Derrida, lui devenant indispensable pour repenser les questions de la date, de la crypte et du secret. De Schibboleth à Béliers et à son dernier séminaire La bête et le souverain, Derrida s’est aussi intéressé au poème celanien comme lieu d’une souveraine solitude, d’une souveraineté autre, peut-être, quand il parle de lui-même. Cet essai tente d’analyser la portée du deuil et de la dette contractés par le philosophe à l’endroit du poète. De la rencontre entre Celan et Derrida, nulle archive ne saura en témoigner. Ce mot, « témoigner », évoque une sorte de mot de passe secret entre eux : « Niemand/ zeugt für den/ Zeugen » et « Die Welt ist fort, ich muss dich tragen ». Ces deux vers, Jacques Derrida incitait ses élèves à les apprendre par cœur pour deux raisons : d’abord pour méditer sans fin le rapport à la langue, à l’idiome plutôt, de Celan, creusant, enfouissant, retournant sa langue dans la langue allemande ; ensuite pour mesurer – relever, dit Derrida – la nécessaire et impossible épreuve de la traduction, cette grande question qui est non seulement l’un des enjeux les plus importants de la « déconstruction » mais aussi le foyer d’une éthique de la lecture.

Ginette Michaud est professeur à l’université de Montréal. Membre du comité éditorial responsable de la publication des séminaires de Jacques Derrida, elle a coédité les deux volumes du Séminaire La bête et le souverain (2008 et 2010), de même que ses écrits sur les arts, Penser à ne pas voir (2013) et l’architecture, Les arts de l’espace (2015). Elle a consacré plusieurs essais à Derrida.

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Alain Badiou et Jean-Luc Nancy : La tradition allemande dans la philosophie

Nouvelles Editions Lignes - Septembre 2017


L’université des Arts de Berlin a réuni en janvier 2016 Alain Badiou et Jean-Luc Nancy pour parler, non de leur philosophie respective, mais de la philosophie allemande. Plus précisément, de la tradition allemande dans la philosophie. Grande tradition analysée et comparée par deux grands philosophes – français.
Philosophie allemande dont ils s’accordent à dire qu’elle a été grande au dix-neuvième siècle surtout. Qu’illustrent exemplairement les noms de Kant, Hegel, Fichte, Schelling, abondamment évoqués dans ce dialogue (Marx l’est moins, que ni Badiou ni Nancy ne tiennent exactement pour un philosophe). Le vingtième siècle y est également présent, que les noms de Heidegger et de Adorno représentent le mieux selon eux.
Vitesse, clarté, sauts permis par l’improvisation de l’échange oral, mais relu 
et enrichi par les intéressés.
Ce dialogue est le premier livre à deux voix entre Jean-Luc Nancy et Alain Badiou. Parlant de la tradition allemande, ils n’en parlent pas moins de leur propre philosophie.

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Claire Pagès : Norbert Elias

Les Belles Lettres - Septembre 2017 - Collection : Figures du savoir


Norbert Elias (1897-1990), sociologue juif allemand, lecteur de Freud, a produit une oeuvre atypique. Sa théorie du « processus de civilisation » – largement reconnue – propose une sociogenèse de la modernité qui articule le développement historique des sociétés et le réglage social de la vie affective.

L’originalité d’Elias est d’affirmer l’historicité de l’affectivité : la monopolisation progressive de la violence physique par l’État a induit une transformation lente de l’économie psychique et porté les individus socialisés à adopter des formes d’autocontrainte. Cette histoire processuelle connaît pourtant des stases et des reflux, et même des phases de « décivilisation ». Pour les comprendre, Elias prend en compte la singularité des situations historiques ainsi que la multiplicité des causes façonnant les moeurs des nations. Aussi confie-t-il à la collaboration des disciplines (de la sociologie avec l’histoire ainsi qu’avec la psychologie) la tâche de saisir l’ensemble des faits humains qui concourent à la constitution de la modernité.

Après avoir cerné la pensée d’Elias et les objections qu’elle suscite, le présent ouvrage montre qu’elle offre un appui précieux pour qui travaille à diagnostiquer les pathologies sociales contemporaines, dérivant de la constitution des hommes en « individus ».(2016-12-21)

Claire Pagès est maître de conférences à l’Université François Rabelais (Tours) et directrice de programme au Collège international de philosophie. Elle est l’auteur de Hegel & Freud. Les intermittences du sens (2015), Qu’est-ce que la dialectique ? (2015) et Lyotard et l’aliénation (2011).

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