jeudi 24 mai 2018

Florence Hulak et Charles Girard (dir.) : Philosophie des sciences humaines. Tome 2 : Méthodes et objets

Vrin - Mai 2018 - Bibliothèque d’Histoire de la Philosophie


Ont contribué à ce volume : Ét. Bimbenet, J. Christ, I. Drouet, R. Fanciullacci, S. Ferrando, Ch. Girard, F. Hulak, A. Le Goff, L. Paltrinieri, L. Perreau

Les sciences humaines se distinguent les unes des autres par leurs méthodes et leurs objets privilégiés. En élaborant des procédures d’enquête spécifiques, elles s’efforcent de comprendre la vie psychique ou les pratiques collectives, la distribution des populations ou les rapports entre groupes, les idéaux sociaux ou les échanges matériels. Leur fin commune est toutefois d’éclairer de leurs lumières croisées une même réalité humaine et sociale. Leurs objets ont donc vocation à se rejoindre, leurs méthodes à se compléter.
En interrogeant leur pluralité sans la reconduire à une illusoire unité, la philosophie peut éclairer l’espace conceptuel et problématique qu’elles ont en commun. Elle ne ressort toutefois pas indemne d’une telle étude : ses propres questionnements, épistémologiques et politiques, se trouvent radicalement altérés par leur confrontation à ces disciplines.
Les contributions réunies dans le second tome de cet ouvrage analysent, dans cette perspective neuf concepts essentiels : la population, le psychisme, la pratique, les classes, le genre, la comparaison, les statistiques, le public et la critique.

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Ninon Grangé et Frédéric Ramel (dir.) : Le droit international selon Hans Kelsen. Criminalités, responsabilités, normativités

Ecole Normale Supérieure - Avril 2018 - Collection : La croisée des chemins


A l'heure où la Cour pénale internationale se voit critiquée par nombre de ses détracteurs, cet ouvrage propose une analyse de la judiciarisation internationale au prisme de l'un de ses initiateurs : Hans Kelsen. Le théoricien du normativisme a réfléchi sur le droit international, notamment lors de son exil aux Etats-Unis. Il ne cessera de promouvoir une Organisation des Nations unies dont le pivot serait une juridiction. Tout en permettant de mieux saisir la trajectoire intellectuelle du juriste viennois outre-Atlantique, les études rassemblées ici soulignent les tensions inhérentes à l'établissement des premiers tribunaux militaires après la Seconde Guerre mondiale, qu'elles concernent la reconnaissance d'un individu justiciable ou bien l'application du principe de non-rétroactivité. Fondé notamment sur la présentation et la traduction de textes consacrés à la responsabilité et à la poursuite des criminels de guerre, cet ouvrage rentre en résonance avec les dilemmes contemporains qui entourent l'établissement d'une justice pénale internationale.

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Francesca Merlin & Philippe Huneman (dir. ) : Philosophie, histoire, biologie. Mélanges offerts à Jean Gayon

Materiologiques - Mai 2018


Le philosophe et historien des sciences Jean Gayon est une figure éminente de ces deux disciplines. Son champ d’étude privilégié : la biologie, plus particulièrement la biologie de l’évolution. Au cours des trois dernières décennies, il a formé de nombreux chercheurs, no­tamment en encadrant des thèses souvent novatrices, et lancé une multitude d’initiatives de recherche qui ont permis à la philosophie de la biologie de prendre un essor sans pareil en France, grâce à des liens privilégiés avec les figures marquantes du domaine, œuvrant à l’époque aux États-Unis et en Angleterre.

Les textes rassemblés ici rendent hommage à l’homme, à l’enseignant et au penseur qui a largement impulsé le renouveau de la philosophie de la biologie, par ses réflexions déterminantes sur la théorie de l’évolution, la génétique, le hasard, etc., objets et concepts repensés conjointement à la lumière de l’approche classique de l’« épistémologie historique » et de celle fondée sur la philosophie analytique. Collègues, élèves et amis, réunis lors de journées d’hommage en mars 2017 dont ce livre est issu, montrent à quel point Jean Gayon est un pilier essentiel de la nouvelle philosophie des sciences. Au fil de 26 chapitres, répartis en quatre parties (« Épistémologie historique et philosophe de la biologie », « Histoire de la génétique », « Études d’histoire et de philosophie de la biologie évolutive : thèmes de Jean Gayon », « Regards sur Jean Gayon, historien et philosophe, enseignant et chercheur »), ce livre témoigne de la présence et de la nécessaire postérité de l’œuvre de Jean Gayon.

Sous la direction de : Francesca Merlin, philosophe des sciences, chargée de recherche, Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, CNRS & Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Philippe Huneman, philosophe des sciences, directeur de recherche, Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, CNRS & Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Avec les contributions de : Robert Brandon, Anastasios Brenner, Richard M. Burian, Gérard Chazal, Christine Clavien, David Depew, François Duchesneau, Anne Fagot-Largeault, Denis Forest, Élodie Giroux, Pierre-Henri Gouyon, Thierry Hoquet, Philippe Huneman, Denis Kambouchner, Laurent Loison, Françoise Longy, Jorge Martínez-Contreras, Francesca Merlin, Pierre-Olivier Méthot, Michel Morange, Thomas Pradeu, Armand de Ricqlès, Michael Ruse, Phillip Sloan, Edna Suárez Díaz, Stéphane Tirard, Michel Veuille.

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mercredi 23 mai 2018

Philippe Hamou : Dans la chambre obscure de l'esprit. John Locke et l’invention du mind

Editions d'Ithaque - Mai 2018


L'objet de ce livre est de rendre à John Locke et à son Essai sur l'entendement humain (1689), la place centrale qui leur revient dans l'invention de "l'esprit" moderne. Mettant de côté la spéculation métaphysique et religieuse, Locke s'est proposé d'appliquer aux pouvoirs et aux opérations de l'esprit une forme d'analyse expérimentale, fondée sur les données factuelles du sens interne (ou " réflexion "). Sous son concept d'idée, il identifie, peut-être pour la première fois, des états mentaux, états conscients, dont le flux, ou le "train" constitue l'élément dans lequel se déploie une forme de vie intérieure, une vie mentale. A travers ces descriptions, Locke ouvre à ses lecteurs une nouvelle manière de penser l'esprit ou le "mind", dont la philosophie contemporaine a largement hérité, en interrogeant la nature de la conscience, le rapport entre les sens perceptifs, ou encore de la "question de l'identité personnelle" dans son rapport au flux de conscience. Ecrit dans une langue claire, nourri par une connaissance précise des débats classiques et contemporains, mais ne présupposant du lecteur aucune connaissance préalable de Locke, cet ouvrage propose une lecture originale et par moment intempestive de l'Essai, qui le dépouille de son habit austère de "grand monument de l'âge classique", en montrant qu'il offre des réponses toujours stimulantes aux questions vives et disputées d'aujourd'hui, en même temps qu'il permet une meilleure compréhension de l'histoire qui leur a donné naissance.

Philippe Hamou est professeur de philosophie moderne à l'Université Paris Nanterre. Il a publié plusieurs ouvrages et articles sur la science de la vision et la philosophie de la connaissance des premiers temps modernes, notamment les deux volumes de La Mutation du visible (Septentrion, 1999-2001) ; Voir et connaître à l'âge classique (PUF, 2002). Il a réédité et introduit au Livre de Poche la traduction française par Pierre Coste de L'Essai sur l'entendement humain de Locke (2009).

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Jiri Benovsky (dir.) : Philosophie du Temps

La Baconnière - Mai 2018


Comment les objets matériels persistent-ils à travers le temps ? Qu'est-ce que cela veut dire qu'un objet change tout en étant un et le même ? Peut-il y avoir un monde sans temps ? Le temps s'écoule-t-il même si rien ne change ? Et, le temps lui-même, qu'est-ce que c'est ? Consiste-t-il seulement en l'instant présent, ou le passé et le futur existent-ils également ? Est-il possible de voyager dans le temps ? Quelles propriétés le temps doit-il avoir pour permettre le voyage dans le temps ? Est-il possible de changer le passé ? 

Ce volume recueille des traductions inédites de textes issus de la philosophie du temps des XXe et XXIe siècles. Ces contributions de R. M. Adams, Jiri Benovsky, David Braddon-Mitchell, Michael Dummett, Graeme Forbes, Mark Heller, Paul Horwich, Robin Le Poidevin, David Lewis, D. H. Mellor, Sydney Shoemaker, Theodore Sider, J. J. C. Smart, W. V. O. Quine, et Peter Van Inwagen offrent des manières différentes de réagir à ces interrogations (et bien d'autres encore). Elles permettent ainsi au lecteur de découvrir la richesse des débats contemporains en philosophie du temps. On découvre ici une variété de notions, d'arguments et de théories, telles que l'endurantisme, le perdurantisme, le relationnisme et le substantialisme, mais également d'importantes considérations en ce qui concerne la causalité, l'identité, le changement, ou encore l'analyse de similarités entre le temps et l'espace. Le problème du voyage dans le temps se voit consacrer une section spéciale dans ce volume, car il a ceci de particulièrement intéressant : il sert de cas limite offrant la possibilité de tester les théories et de soulever de nombreuses questions philosophiques sur la nature du temps et du monde.

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Bruno Quélennec : Retour dans la caverne. Philosophie, politique et religion chez le jeune Léo Strauss

Hermann - Mai 2018


Retour dans la caverne propose une interprétation historico-critique de l'ensemble des écrits de jeunesse de Leo Strauss, personnage hautement controversé de la philosophie politique du XXe siècle. À travers une lecture philosophique et politique des textes du jeune Strauss sur Spinoza, Hobbes et Maïmonide, l'ouvrage reconstruit la trajectoire de cet intellectuel atypique, suivant un chemin allant de Nietzsche à Platon, du sionisme au néoconservatisme. En replaçant l'émergence de sa pensée dans le contexte des débats idéologiques judéo-allemands de la République de Weimar, Retour dans la caverne apporte non seulement une perspective neuve dans les études straussiennes, mais invite également le lecteur à une réflexion sur la « question juive » et met en lumière certaines contradictions de la modernité politique. 

Bruno Quélennec est politiste, philosophe et germaniste. Il enseigne actuellement la philosophie politique et l'histoire des idées à Paris. Ses travaux portent notamment sur la pensée judéo-allemande du XIXe et XXe siècle.

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mardi 22 mai 2018

Le Philosophoire 2018/1 (n° 49) : La Mystique

Vrin - Mai 2018 - Le philosophoire


"Mystique : mystère.
Voilà qui déjà heurte la philosophie, comme projet d’énonciation rationnelle de ce qui est. Mais il se pourrait que la philosophie puisse et même doive avoir affaire à plus fort qu’elle, à savoir ce qui ne peut être dit ni rationalisé. C’est son destin, si elle veut dire le tout. Ce qui constitue à la fois son projet grandiose (car que vaudrait une philosophie qui se cantonnerait à une partie du tout, qui renoncerait à penser le reste ?), où elle trouve son échec programmé, et l’indication de son dépassement. Ses constructions sont comme des ruines magnifiques, qui laissent pointer les raisons de leur effondrement. À travers les toits effondrés, à ciel ouvert, brille le soleil de l’absolu.
Toute philosophie en effet, que sa démarche soit fondationnelle ou non, rencontre très vite l’absolu. Certes, on pourrait penser que celui-ci a deux visages irréconciliables : l’absolu comme monde présent, réalité englobante, immanence pure de la totalité où je suis, dont je suis et d’où je parle. Ou absolu comme Dieu, transcendance irréductible, définitivement séparé et absent du lieu où je parle. Mais curieusement, les opposés se rejoignent, et semblent indiquer quelque chose du secret du réel, secret bien gardé par la mystique.
Le monde, en effet, est-il si présent ? Il me déborde de toute part, et finalement, s’absente de toutes ses présentations. Je n’ai affaire qu’au ceci et au cela, à des indices du monde. Je suis trop petit pour le monde. Je ne saurais m’égaler à sa présence, je ne peux que me retirer du monde dans le langage pour en dire quelque chose, qui ne sera à nouveau qu’un découpage du monde. Le monde est absent à force d’être présent. Quant à Dieu, est-il si absent ? Plus intérieur à moi que moi-même, il est comme un appel de la transcendance, peu importe son nom. Il hante la finitude qui est amenée à son propre dépassement. Dieu présent à force d’être absent. (...)" Mathias Goy, Editorial (extrait)

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Anders Fjeld : Jacques Rancière. Pratiquer l'égalité

Michalon - Mars 2018 - Bien commun


Se démarquant des projets d'émancipation des Lumières, du marxisme et de la sociologie critique, le philosophe français Jacques Rancière affirme que nous n'avons pas à devenir égaux. Nous devons nous présupposer égaux hic et nunc et créer et explorer les conséquences de cette présupposition. Ainsi, plutôt que de fournir le principe d'un ordre meilleur à construire, la présupposition de l'égalité suspend l'ordre institué et ouvre, ce faisant, d'autres " paysages du possible " : des espaces d'expérimentation des savoirs, des perceptions et des capacités qui constituent nos communs. 
Jacques Rancière, pratiquer l'égalité entend reconstituer les moments forts du cheminement intellectuel multiple menant à ces idées : sa rupture avec le marxisme althussérien et son exploration des archives ouvrières du 19e siècle (années 1970) ; sa fascination pour le projet de l'émancipation intellectuelle du " maître ignorant " Joseph Jacotot (années 1980) ; la constitution de sa pensée politique centrée sur l'égalité et la démocratie (années 1990) ; et, finalement, l'élaboration de sa pensée esthétique (à partir des années 2000). Le livre entend montrer que ce cheminement n'aboutit pas à un seul concept d'égalité, mais oscille entre trois conceptions de l'égalité – égalités intellectuelle, politique et sensible –, lesquelles impliquent de réévaluer la pensée ranciérienne de la démocratie moderne, ouvrant sur de nouveaux potentiels conceptuels. Le livre n'a cependant pas vocation à s'adresser au seul monde académique, il se veut une introduction critique à sa pensée destinée aussi au grand public.

Anders Fjeld, postdoctorant au CriDIS (Centre de Recherches Interdisciplinaires – Démocratie, Institutions, Subjectivités), Université Catholique de Louvain, et chercheur associé au LCSP (Laboratoire du Changement Social et Politique), Université Paris Diderot-Paris 7. Co-fondateur du centre de recherche sur l'utopie Archipel des devenirs, et membre du comité de rédaction du portail d'opinion politique colombien Palabras al Margen. À la croisée de la philosophie politique et l'économie politique, ses travaux portent sur la subjectivation politique, la démocratie moderne, la tradition utopique, les clivages et continuités entre philosophie et économie et le post-marxisme comme champ intellectuel.

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dimanche 20 mai 2018

François Bafoil : Max Weber. Réalisme, rêverie et désir de puissance

Hermann - Mars 2018


A peine âgé de 35 ans, Weber fut terrassé par la maladie et ne retrouva sa force créatrice qu'après une longue convalescence, à l'approche de la quarantaine, lorsqu'il publia les écrits sur la science et la religion. Largement fondé sur sa correspondance intime, cet ouvrage éclaire les liens entre la maladie nerveuse dont Weber souffrit jusqu'à la fin de sa vie, l'apologie de la volonté dont il fit l'une des lignes directrices de son oeuvre scientifique, et ses engagements nationalistes (notamment durant la Première Guerre mondiale). Dans cette saisissante biographie intellectuelle, François Bafoil illumine les zones d'ombre de la vie et de l'oeuvre de celui qui compte parmi les penseurs majeurs de notre temps. Il révèle les évolutions fondamentales de sa pensée, examine ses hésitations, ses ambivalences, ses constantes oscillations entre la revendication d'une volonté de puissance s'étendant jusqu'à l'extrémisme politique et la rêverie sur le désir, la mort et le retour à l'enfance. Au-delà de son intérêt biographique, ce texte introduit à la complexité d'une oeuvre phare autant qu'il propose une réflexion sur l'existence et la pensée humaines.

François Bafoil est sociologue, directeur de recherche au CNRS - CERI, Sciences Po. Il a notamment publié L'inlassable désir de meurtre. Guerre et radicalisation aujourd'hui (2017).

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Revue Lignes n°55 : MIGUEL ABENSOUR | La sommation utopique

Editions Lignes - Mai 2018


Grand lecteur, grand éditeur (de l’École de Francfort entre autres), et grand interprète des textes fondateurs et contemporains de l’utopie (de Thomas More à Walter Benjamin) – mais de La Boétie aussi bien –, Miguel Abensour, philosophe disparu en 2017, fait ici l’objet d’une première réflexion collective, en forme d’hommage. Avec la ferme volonté, aussi bien, de poursuivre son travail.

Miguel Abensour hélas disparu, il nous faut revenir à la lecture des livres et de tout ce qui se dispose autour d’eux : le travail éditorial, les entretiens, les articles, et bientôt les textes inédits. Cette lecture collective ne fait ici que commencer. Ce qui nous manque déjà, par-delà l’ami et son art exceptionnel de l’amitié, c’est la manière qu’il avait de faire vivre la constellation composée par l’ensemble de son œuvre, avec ses finesses et ses lois propres, mais surtout avec une discrétion telle qu’il importe aujourd’hui d’en expliciter la force et le parti pris politiques.

Miguel Abensour aura été le passeur qui a permis la lecture en France des livres majeurs de Adorno et Horkheimer. Il a fondé sa collection « Critique de la politique » en 1974, au retour d’un voyage aux États-Unis lors duquel il a découvert, dans un ébranlement complet, les livres de la première École de Francfort. Son enthousiasme pour la tâche philosophique théorico-pratique de ce qu’il préférait nommer le « cercle » plutôt que l’« École » de Francfort n’a guère été partagé par les philosophes français qui étaient ses contemporains. À cette solitude philosophique envisagée d’emblée comme un défi, s’est ajouté l’isolement dans lequel a été maintenue sa lecture du jeune Marx. Sa complicité profonde avec l’interprétation du marxisme utopique par Maximilien Rubel et Louis Janover a creusé souterrainement et de manière inexorable les sillons d’une nouvelle solitude dans une époque dévouée à la lecture althussérienne de Marx et dominée par la relégation du jeune Marx du côté des naïvetés présumées de l’utopie et de l’humanisme.

Miguel Abensour est ainsi devenu envers et contre tous, héroïquement, un des plus grands penseurs de l’utopie, un des plus grands passeurs des utopistes de tous les temps, depuis Thomas More jusqu’à Walter Benjamin. Et de manière conséquente il a aussi contribué à revivifier avec Louis Janover la tradition politique du communalisme et du conseillisme. La discrétion de Miguel Abensour ne doit donc pas être confondue avec une quelconque modestie ou réserve ; elle est la marque d’une résistance continue aux idées dominantes du présent, la caractéristique d’une force de jouteur sans égal ; elle devient désormais le schibboleth d’une communauté de penseurs déterminés à faire vivre l’actualité de la non-résignation – non-résignation politiquement décisive que Miguel Abensour nommait « la sommation utopique », et sur laquelle il enjoignait de ne pas céder, surtout dans ces temps qu’il qualifiait de crépusculaires.

Il s’agit de relancer dans la bataille ces concepts et ces notions, ces expériences et ces analyses, relancer ce que patiemment et généreusement Miguel Abensour nous a légués : une œuvre comme une institution civile qui permet de s’élever au courage que réclame la situation.

Ce numéro de Lignes propose de continuer la conversation avec Miguel Abensour au travers de ses œuvres, là tout de suite, d’emblée, sans attendre d’être figé par l’adversité.

Avec :

Louis Janover | Anne Kupiec | Catherine Chalier | Patrice Vermeren | Antonia Birnbaum | Gilles Moutot | Florent Perrier | Monique Rouillé-Boireau Christophe David | Daniel Payot | Valentin Pelosse Michel Enaudeau | Irving Wohlfarth | Sophie Wahnich | Michèle Cohen-Halimi | Simone Debout-Oleszkiewicz | Henri Lonitz

Numéro contruit par Michèle Cohen-Halimi et Sophie Wahnich

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samedi 19 mai 2018

Edmund Husserl : Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique

Gallimard - Mai 2018 - Bibliothèque de philosophie


Le livre I des Idées directrices pour une phénoménologie pure de Edmund Husserl est l'un des cinq ou six textes de philosophie les plus importants du XXè siècle. C'est, en effet, le texte fondateur de la phénoménologie. Pour la première fois depuis "l'ouvrage de percée" qu'avaient été ses Recherches logiques (1901), Husserl établit ici, au terme d'une évolution décisive, les principes et les méthodes qui rendent possible une science nouvelle, la science descriptive pure des structures de la conscience, la phénoménologie transcendantale. En révélant les lois implicites de la vie intentionnelle, et le pouvoir constituant de l'intentionnalité, l'ouvrage inaugurait un nouveau style de philosophie - l'analyse de l'expérience vécue. Cette nouvelle traduction française bénéficie des nombreux progrès réalisés par les études husserliennes depuis la traduction pionnière de Paul Ricoeur en 1950. Elle comporte, en outre, un riche ensemble de textes, jusqu'ici inédits en français, qui éclairent le contexte historique de ce traité fondamental.

Traduction : Jean-François Lavigne

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Roland Jaccard : Penseurs et Tueurs

Pierre-Guillaume de Roux - Mai 2018


Il n y a pas de pensée qui ne s'exerce sans une constante tentation suicidaire ou meurtrière. C'est même à cela qu'on reconnaît sa force. Cet essai en dessine les formes les plus extrêmes entre le grotesque et le sublime, le macabre et le chic. Avec la dose de provocation et d'humour que chaque lecteur voudra bien y mettre. L'esprit du temps a réduit les contours de la liberté de pensée. Une raison de plus pour troubler le conformisme ambiant, à supposer que cela soit encore possible. Un défi que Roland Jaccard tente de relever ici.

Roland Jaccard est l'auteur de trois classiques en matière de survie : L'Exil intérieur, La Tentation nihiliste et, aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, De l'influence des intellectuels sur les talons aiguilles.

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