mardi 19 septembre 2017

Sylvie Lindeperg et Ania Szczepanska : A qui appartiennent les images ?

Msh Paris - Septembre 2017 - Collection : Interventions


Dans nos sociétés « iconophages », l'attrait pour les archives audiovisuelles s'accroît, menaçant parfois l'intégrité des images qui façonnent notre mémoire et nos imaginaires du passé. Leur importance est cruciale et pourtant elles ne bénéficient pas d un statut équivalent à celui des archives écrites ; elles ne profitent pas non plus pleinement des protections accordées aux oeuvres d'art. Parallèlement, la révolution numérique modifie en profondeur les conditions d'accès, de circulation et de reproduction des images, posant de constants défis aux institutions chargées d'en assurer la conservation et la communication. Ainsi, les usages des images d'archives soulèvent des questions politiques et éthiques tandis que leurs coûts freinent l'expérimentation de formes plus innovantes d'écriture de l'histoire dans le cadre de dispositifs pédagogiques et scientifiques. Parce qu'elles sont entrelacées, ces questions nécessitent une réflexion de fond associant historiens, juristes, philosophes, conservateurs, cinéastes, producteurs... Le présent ouvrage se propose d'amorcer ce dialogue nécessaire en dépliant les questions liées à la conservation, à l interprétation, à la circulation et aux usages des images d archives.

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Marie José Mondzain : Confiscation. Des mots, des images et du temps

Les Liens qui libèrent - Septembre 2017


Ne faut-il pas rendre au terme « radicalité » sa beauté virulente et son énergie politique ? Tout est fait aujourd'hui pour identifier la radicalité aux gestes les plus meurtriers et aux opinions les plus asservies. La voici réduite à ne désigner que les convictions doctrinales et les stratégies d'endoctrinement. La radicalité, au contraire, fait appel au courage des ruptures constructives et à l'imagination la plus créatrice. La véritable urgence est bien pour nous celle du combat contre la confiscation des mots, celle des images, et du temps. Les mots les plus menacés sont ceux que la langue du flux mondial de la communication verbale et iconique fait peu à peu disparaître après leur avoir fait subir torsion sur torsion afin de les plier à la loi du marché. Peu à peu c'est la capacité d'agir qui est anéantie par ces confiscations mêmes, qui veulent anéantir toute énergie transformatrice. Si ces propositions font penser que je crois dans la force révolutionnaire de la radicalité, on ne s'y trompe- ra pas, à condition de consentir à ce que la révolution ne peut exister qu'au présent. La lutte n'est et ne sera jamais finale, car c'est à chaque instant que nous sommes tenus d'être les hôtes de l'étrange et de l'étranger pour faire advenir ce qu'on nous demande justement de ne plus attendre et même de repousser. La radicalité n'est pas un programme, c'est, la figure de notre accueil face à tout ce qui arrive et ainsi continue de nous arriver.

Marie José Mondzain est philosophe, directrice émérite au CNRS, spécialiste du rapport à l'image. Son travail se prolonge dans le champ politique. Elle a publié entre autres Image, icône, économie... (Seuil), Le commerce des regards (Seuil), Homo spectator (Bayard) ou Qu'est-ce que tu vois ? (Gallimard).

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vendredi 15 septembre 2017

Jean-Noël Duhot : L'énigme platonicienne

Kimé - Septembre 2017


La question platonicienne est traversée par une énigme qui défie les interprètes depuis les travaux de Léon Robin, qui datent de plus d'un siècle. Platon a-t-il élaboré une doctrine, ou sa pensée est-elle tout entière contenue dans les dialogues ? Autrement dit, y a-t-il un enseignement secret de Platon qui n'apparaîtrait pas dans son oeuvre écrite ? Le témoignage des doxographes, à commencer par Aristote, laisse entendre que Platon a bien enseigné une doctrine, mais comment expliquer le silence des dialogues ? Analysant l'étrange passage du Timée qui s'articule sur la gamme pythagoricienne, J.-J. Duhot, qui a aussi été musicien professionnel, en a décrypté la clef, qui avait échappé à tous les interprètes : le Même code l'octave, soit le rapport 2, et l'Autre code la quinte, soit le rapport 3/2. Cette clef, indiscutable en elle-même, comme le démontre J.-J. Duhot, permet d'établir la grille de lecture qui éclaire toutes les obscurités du passage. On a donc là une double équivalence, entre métaphysique (Même et Autre), acoustique (octave et quinte), et mathématiques (construction arithmétique de la gamme). J.-J. Duhot montre que c'est la matrice sur laquelle Platon construit son oeuvre et met en place le postulat de mathématicité du monde, qui sera la base de toute la science moderne, à partir de Galilée. La gamme du Timée offre un modèle mathématique, la division de 2 en produits de facteurs dans un système logarithmique, qui résout (métaphoriquement) les problèmes de l'un et du multiple. On voit ainsi apparaître un « cycle éléatique » dans lequel, au fil des dialogues, Parménide, Théétète, Sophiste et Politique, se met en place une véritable doctrine platonicienne. Doctrine secrète qui s'offre au lecteur qui sait en décrypter le code.

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Alain Deneault : Le Totalitarisme pervers. D’une multinationale au pouvoir

Rue de l'échiquier - Septembre 2017


















Peut-on parler de « totalitarisme » quand il s’agit de nommer le pouvoir des multinationales tel qu’il s’est construit et imposé depuis le début du XXe siècle ?
Alors que la pratique politique moderne voudrait que les sujets d’une collectivité obéissent aux lois, non aux puissants, on assiste à un renversement pervers : ce sont les multinationales, aujourd’hui, qui soumettent la délibération des assemblées politiques à d’autres « lois », leurs lois, qu’elles s’assurent de rendre efficaces : la « loi » du marché, la « loi » de la concurrence, la « loi » universelle de l’offre et de la demande.
Ce livre étudie la façon dont les pétrolières, imitées en cela par des multinationales d’autres secteurs, se constituent telles des autorités souveraines de nature privée. L’entreprise Total est en la matière un cas d’école. Se présenter comme la « huitième des Sept Soeurs », en référence aux majors du pétrole, et se dire « total » pour bien marquer cette prétention, c’était, au milieu du XXe siècle, chercher à s’imposer à son tour dans un ordre où les sociétés multinationales se développaient indépendamment des États qui les avaient créées, à la manière d’un Frankenstein.

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Joel Kaye : Histoire de l'équilibre (1250-1375). L’apparition d’un nouveau modèle d’équilibre et son impact sur la pensée

Les Belles Lettres - Septembre 2017


Les mouvements du monde peuvent-ils se régler d’eux-mêmes et produire leur propre stabilité bien équilibrée ? Les choses s’arrangent-elles toutes seules ?
Ce rêve de toujours, constamment mis en déroute et retrouvé, a connu en Occident latin, pendant plus d’un siècle, (1250-1375) une vogue intense et a même produit un modèle unitaire et ambitieux qui affectait la pensée économique scolastique, la doctrine politique, le savoir médical et la philosophie naturelle. Les penseurs les plus aigus et les plus novateurs de l’époque ont montré le fonctionnement et surtout les immenses possibilités offertes par ce modèle, qui a entraîné de capitales orientations nouvelles. 
C’est ce qu’a découvert Joel Kaye dans ce très grand livre, qui réussit à être fort lisible et d’une érudition ébouriffante et qui nous fait saisir les séductions encore actuelles de ce beau mirage. 
Ce livre a été couronné en 2017 par la médaille Haskins (Medieval Academy of America) et a obtenu le prix Jacques Barzun (American Philosophical Society).(2016-12-21)

Joel Kaye est professeur au département d’histoire de Barnard College, à l’université Columbia de New York. Parmi ses dernières publications, Economy and Nature in the Fourteenth Century: Money, Market Exchange, and the Emergence of Scientific Thought (Cambridge University Press, 1998).

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jeudi 14 septembre 2017

Axel Honneth : L'idée du socialisme

Gallimard - Septembre 2017 - NRF Essais


Nos sociétés sont travaillées par une contradiction étonnante et inexplicable : jamais autant de gens n'ont simultanément dénoncé les conséquences sociales et politiques générées par la mondialisation ; jamais autant de gens n'ont été incapables de dépasser l'état de choses existant et d'imaginer un état social innovant au-delà du capitalisme. Cette dissociation de l'indignation d'avec tout objectif d'avenir est quelque chose de nouveau dans l'histoire de la modernité. Les processus socio-économiques apparaissent désormais bien trop complexes, voire totalement opaques à la conscience publique pour que soient jugées possibles des interventions humaines ciblées. La célèbre analyse du fétichisme développée par Marx dans le Capital ne prend qu'aujourd'hui son sens historique : ce n'est pas dans le passé du capitalisme, lorsque le mouvement ouvrier imaginait encore pouvoir transformer la situation donnée, mais seulement de nos jours que triomphe la conviction générale selon laquelle les relations sociales sont aussi peu transformables dans leur substance que le sont les choses extérieures. Si l'indignation générale suscitée par la répartition scandaleuse de la richesse et du pouvoir ne nous rend manifestement plus capable d'identifier un objectif accessible, la raison n'en est pas la disparition de l'alternative au capitalisme incarnée par le régime soviétique qui ne dispensait certains avantages sociaux qu'au prix de la privation de liberté, moins encore une transformation radicale dans notre compréhension de l'histoire et le culte du présent immédiat, mais la prédominance d'une conception fétichiste des rapports sociaux. A la lumière de cette analyse, Axel Honneth élabore les modifications conceptuelles nécessaires - notamment la "liberté sociale" - afin que les idées socialistes retrouvent leur virulence perdue.

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Clément Rosset : Esquisse biographique. Entretiens avec Santiago Espinosa

Encre marine - Septembre 2017


Dans ce livre, Clément Rosset s’entretient librement avec Santiago Espinosa sur divers sujets.

Dans une première partie, comprenant cinq entretiens, Rosset raconte avec humour les quatre épisodes marquants de sa vie l’ayant conduit à la réflexion philosophique. Il est ainsi question de son enfance, de son amour de la musique et de la littérature, de ses années de normalien et de son entrée à l’Université de Nice. Il y revient sur ses auteurs de prédilection, sur ses rapports avec l’Académie et avec les philosophes dont il a été le contemporain et parfois l’ami (Cioran, Deleuze, Jankélévitch, Descombes).

Dans une seconde partie, deux entretiens visent, au vu d’un certain nombre de contresens ayant été faits par des commentateurs à son égard, à clarifier et à détailler les concepts-clés de sa philosophie : le double et le réel. Il s’agit donc à la fois d’un livre biographique, où Rosset parle de lui-même, et d’un ouvrage de fond, où le lecteur trouvera, tantôt un supplément conceptuel aux livres qu’il aura lus de sa philosophie, tantôt une introduction et une invitation à leur lecture. (2016-12-21)

Clément Rosset (Carteret, 1939) a enseigné la philosophie de 1967 à 1998 à la Faculté de Nice. Œuvres principales : La Force majeure (Éditions de minuit, 1983) et Le Réel et son double, essai sur l’illusion (Gallimard, 1976). Dernier ouvrage paru : Faits divers (PUF, 2013).
Santiago Espinosa (Mexico, 1978) est docteur en philosophie et traducteur. Ses travaux ont comme centre d'intérêt le rapport entre musique, littérature et philosophie. Il a publié chez Encre marine Voir et entendre, critique de la perception imaginative (2016), préfacé par Clément Rosset.

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Anselm Jappe : La société autophage. Capitalisme, démesure et autodestruction

La découverte - Septembre 2017



Dans La Société autophage, Anselm Jappe s'intéresse au sujet narcissique-fétichiste, qu'il identifie comme la subjectivité propre au capitalisme de crise. La " critique de la valeur " élargit ici son discours à la sphère des structures psychiques, à la recherche du sujet même de la fétichisation de la marchandise. Ce livre s'adresse à tous ceux qui se préoccupent de la " pulsion de mort " de la société actuelle et qui pensent qu'elle est le résultat d'une véritable crise de civilisation.

Le mythe grec d'Érysichthon nous parle d'un roi qui s'autodévora parce que rien ne pouvait assouvir sa faim – punition divine pour un outrage fait à la nature. Cette anticipation d'une société vouée à une dynamique autodestructrice constitue le point de départ de La Société autophage. Anselm Jappe y poursuit l'enquête commencée dans ses livres précédents, où il montrait – en relisant les théories de Karl Marx au prisme de la " critique de la valeur " – que la société moderne est entièrement fondée sur le travail abstrait et l'argent, la marchandise et la valeur. 
Mais comment les individus vivent-ils la société marchande ? Quel type de subjectivité le capitalisme produit-il ? Pour le comprendre, il faut rouvrir le dialogue avec la tradition psychanalytique, de Freud à Erich Fromm ou Christopher Lasch. Et renoncer à l'idée, forgée par la Raison moderne, que le " sujet " est un individu libre et autonome. En réalité, ce dernier est le fruit de l'intériorisation des contraintes créées par le capitalisme, et aujourd'hui le réceptacle d'une combinaison létale entre narcissisme et fétichisme de la marchandise. 
Le sujet fétichiste-narcissique ne tolère plus aucune frustration et conçoit le monde comme un moyen sans fin voué à l'illimitation et la démesure. Cette perte de sens et cette négation des limites débouchent sur ce qu'Anselm Jappe appelle la " pulsion de mort du capitalisme " : un déchaînement de violences extrêmes, de tueries de masse et de meurtres " gratuits " qui précipite le monde des hommes vers sa chute. 
Dans ce contexte, les tenants de l'émancipation sociale doivent urgemment dépasser la simple indignation contre les tares du présent – qui est souvent le masque d'une nostalgie pour des stades antérieurs du capitalisme – et prendre acte d'une véritable " mutation anthropologique " ayant tous les atours d'une dynamique régressive.

Théoricien marxiste spécialiste de Guy Debord, Anselm Jappe est notamment l'auteur de Guy Debord (Denoël, 2001), Les Aventures de la marchandise (Denoël, 2003) et Crédit à mort (Lignes, 2004).

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mercredi 13 septembre 2017

Philippe Némo : Philosophie de l'impôt

PUF - Septembre 2017


En ces temps où les prélèvements obligatoires battent tous les records et atteignent, pour la première fois dans l'histoire des pays civilisés, quelque 50 % du PIB, il convient de remettre entièrement à plat les principes de la fiscalité. Il faut s'interroger sur les fonctions légitimes des impôts, leur volume souhaitable, leur juste répartition, enfin le type même de société que chaque conception de l'impôt tout à la fois reflète et engendre. Réflexions devenues rares en France depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, où ont paru triompher, avec l'accord de la plupart des partis politiques, les principes fiscaux inspirés par le socialisme marxiste ou modéré, le solidarisme et le keynésianisme. Une telle démarche ne prend tout son sens que si l'on dépasse le point de vue technique du juriste fiscaliste ou de l'économiste. En effet, la fiscalité n'est pas un phénomène autonome, mais un rouage de la vie politique, économique et sociale. A ce titre, les idées qu'on se fait à son sujet dépendent de celles qu'on se fait de l'Etat, de la société, de l'économie, et même de la nature humaine et de la liberté. D'où la nécessité d'une Philosophie de l'impôt.

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mardi 12 septembre 2017

Ginette Michaud : Derrida Celan. Juste le poème peut-être

Hermann - Septembre 2017 - Le Bel aujourd'hui


La poétique de Celan a profondément incisé la réflexion de Derrida, lui devenant indispensable pour repenser les questions de la date, de la crypte et du secret. De Schibboleth à Béliers et à son dernier séminaire La bête et le souverain, Derrida s’est aussi intéressé au poème celanien comme lieu d’une souveraine solitude, d’une souveraineté autre, peut-être, quand il parle de lui-même. Cet essai tente d’analyser la portée du deuil et de la dette contractés par le philosophe à l’endroit du poète. De la rencontre entre Celan et Derrida, nulle archive ne saura en témoigner. Ce mot, « témoigner », évoque une sorte de mot de passe secret entre eux : « Niemand/ zeugt für den/ Zeugen » et « Die Welt ist fort, ich muss dich tragen ». Ces deux vers, Jacques Derrida incitait ses élèves à les apprendre par cœur pour deux raisons : d’abord pour méditer sans fin le rapport à la langue, à l’idiome plutôt, de Celan, creusant, enfouissant, retournant sa langue dans la langue allemande ; ensuite pour mesurer – relever, dit Derrida – la nécessaire et impossible épreuve de la traduction, cette grande question qui est non seulement l’un des enjeux les plus importants de la « déconstruction » mais aussi le foyer d’une éthique de la lecture.

Ginette Michaud est professeur à l’université de Montréal. Membre du comité éditorial responsable de la publication des séminaires de Jacques Derrida, elle a coédité les deux volumes du Séminaire La bête et le souverain (2008 et 2010), de même que ses écrits sur les arts, Penser à ne pas voir (2013) et l’architecture, Les arts de l’espace (2015). Elle a consacré plusieurs essais à Derrida.

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Alain Badiou et Jean-Luc Nancy : La tradition allemande dans la philosophie

Nouvelles Editions Lignes - Septembre 2017


L’université des Arts de Berlin a réuni en janvier 2016 Alain Badiou et Jean-Luc Nancy pour parler, non de leur philosophie respective, mais de la philosophie allemande. Plus précisément, de la tradition allemande dans la philosophie. Grande tradition analysée et comparée par deux grands philosophes – français.
Philosophie allemande dont ils s’accordent à dire qu’elle a été grande au dix-neuvième siècle surtout. Qu’illustrent exemplairement les noms de Kant, Hegel, Fichte, Schelling, abondamment évoqués dans ce dialogue (Marx l’est moins, que ni Badiou ni Nancy ne tiennent exactement pour un philosophe). Le vingtième siècle y est également présent, que les noms de Heidegger et de Adorno représentent le mieux selon eux.
Vitesse, clarté, sauts permis par l’improvisation de l’échange oral, mais relu 
et enrichi par les intéressés.
Ce dialogue est le premier livre à deux voix entre Jean-Luc Nancy et Alain Badiou. Parlant de la tradition allemande, ils n’en parlent pas moins de leur propre philosophie.

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Claire Pagès : Norbert Elias

Les Belles Lettres - Septembre 2017 - Collection : Figures du savoir


Norbert Elias (1897-1990), sociologue juif allemand, lecteur de Freud, a produit une oeuvre atypique. Sa théorie du « processus de civilisation » – largement reconnue – propose une sociogenèse de la modernité qui articule le développement historique des sociétés et le réglage social de la vie affective.

L’originalité d’Elias est d’affirmer l’historicité de l’affectivité : la monopolisation progressive de la violence physique par l’État a induit une transformation lente de l’économie psychique et porté les individus socialisés à adopter des formes d’autocontrainte. Cette histoire processuelle connaît pourtant des stases et des reflux, et même des phases de « décivilisation ». Pour les comprendre, Elias prend en compte la singularité des situations historiques ainsi que la multiplicité des causes façonnant les moeurs des nations. Aussi confie-t-il à la collaboration des disciplines (de la sociologie avec l’histoire ainsi qu’avec la psychologie) la tâche de saisir l’ensemble des faits humains qui concourent à la constitution de la modernité.

Après avoir cerné la pensée d’Elias et les objections qu’elle suscite, le présent ouvrage montre qu’elle offre un appui précieux pour qui travaille à diagnostiquer les pathologies sociales contemporaines, dérivant de la constitution des hommes en « individus ».(2016-12-21)

Claire Pagès est maître de conférences à l’Université François Rabelais (Tours) et directrice de programme au Collège international de philosophie. Elle est l’auteur de Hegel & Freud. Les intermittences du sens (2015), Qu’est-ce que la dialectique ? (2015) et Lyotard et l’aliénation (2011).

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dimanche 10 septembre 2017

Jean Baechler et Pierre Delvolvé (dirs.) : Guerre et Droit

Hermann - Septembre 2017


La guerre est-elle productrice de droits ? Cette question, qui semble porter en soi une grande contradiction, voire une provocation – le droit étant au service de la résolution non violente des conflits, alors que le recours à la violence en général étant soit un déni, soit un défaut de droit –, mérite pourtant d'être examinée. En effet, toute décision d'entrer en guerre entraîne nécessairement des incertitudes, questionnements et problèmes à tous points de vue – affectation des ressources alimentaires, humaines, industrielles, militaires, etc. –, qui exigent de trouver des solutions, ceci relativement à un cadre de référence spécifique. Si ces solutions s'avèrent bonnes, elles deviennent alors la norme. La guerre serait-elle par conséquent le point d’origine de la normativité humaine, et donc du droit ? C'est l'hypothèse avec laquelle les spécialistes de diverses disciplines convoqués ici (histoire, stratégie, droit, développement des sociétés humaines) ont travaillé, et dont les études, couvrant une période allant de l’Antiquité à l’époque moderne, s’intéressent tant aux sociétés européennes qu'aux sociétés asiatiques et orientales.

Jean Baechler est professeur émérite de l'université Paris-Sorbonne et membre de l'Institut.
Pierre Delvolvé est professeur émérite de l'université Panthéon-Assas et membre de l'Institut.
Contributeurs :
Jean BAECHLER, Rémy BAZENGUISSA-GANGA, Pierre BONIN, Jérôme BOURGON, Philippe CONTAMINE, Bruno COTTE, Pierre DELVOLVÉ, Sophie DÉMARE-LAFONT, Jean-Louis FERRARY, Gilbert GUILLAUME, Peter HAGGENMACHER, Béatrice HEUSER, Jean-David LEVITTE, Mauro MANTOVANI, Albert RIGAUDIÈRE, Georges-Henri SOUTOU

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Mieke de Moor (dir.) : Socrate à l’Agora. Que peut la parole philosophique ?

Vrin - Juillet 2017


Ont contribué à ce volume : Dries Boele, Laura Candiotto, Leon De Haas, Anne Herla, Gaëlle Jeanmart, Lou Marinoff, Mieke De Moor, Isabelle Pariente-Butterlin, Thomas Polednitschek, Livio Rossetti, Kristof Van Rossem.

Les années 80 ont vu émerger un art de philosopher, plus soucieux de pratique de vie que de construction spéculative. Ce regain d’intérêt pour la philosophie pratique, et notamment pour la discussion et la délibération philosophiques, renouant avec le dialegesthai socratique, conduit à une réflexion fondamentale sur la fonction de la parole philosophique, une parole qui est aujourd’hui amenée à se produire en des lieux nouveaux et sur des questions qui sont d’abord de nature éthique et politique.
Le présent collectif, issu d’un colloque qui s’est tenu à Aix-en-Provence, recueille diverses contributions qui toutes s’interrogent sur ce « renouveau » et s’efforcent d’en apprécier le sens et l’ambition, en le rapportant à la figure exemplaire de Socrate philosophant sur l’agora. Cette rencontre d’une philosophie de nature académique et d’une pratique philosophique ouverte à chacun contribue à une meilleure compréhension des « dialogues socratiques » et à une meilleure intelligence du temps présent.

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Collectif : Le Christ à Port-Royal

Société des Amis de Port-Royal - Juillet 2017 - Chroniques de Port-Royal



Le sujet semble entendu : Port-Royal marque le règne du christocentrisme, théologie, spiritualité et apologétique se ramenant in fine à un discours sur le Christ. Le colloque réuni par la Société des Amis de Port-Royal, en octobre 2016, et dont les actes sont publiés dans le présent volume apporte plus que des nuances et souligne les paradoxes, les manquements et les divergences.
Les thèmes apparemment les plus classiques de l’imitation, du combat spirituel, du mystère de l’Homme-Dieu, du médiateur s’avèrent faire l’objet de traitements originaux, qui mettent en tension une christologie fondée sur la ressemblance et l’imitation, comme peuvent la défendre Nicole ou Arnauld d’Andilly, et une christologie que l’on pourrait qualifier de négative, comme celles de Pascal et de Barcos, qui ne veut dire du Christ que son incompréhensibilité sur fond d’une opposition « invincible » entre l’homme et Dieu.
C’est à éclaircir des points essentiels de l’histoire du christianisme mais aussi de l’histoire de la philosophie, de la littérature spirituelle et de la peinture, que se sont attaché les textes réunis ici. Port-Royal y signe avec force sa singularité, loin des catégories usées dans lesquelles le commentaire s’obstine à le ranger.

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samedi 9 septembre 2017

Arianna Sforzini : Les scènes de la vérité. Michel Foucault et le théâtre

Editions Le Bord de l'eau - Juillet 2017 - Collection : Diagnostics


Le théâtre dans l'oeuvre et la pensée de Foucault, ce n'est ni une simple métaphore pour caractériser des événements de sens ou des ruptures pratiques, ni un concept esthétisant qui dédoublerait l'idée de vérité pour la vider de ses prétentions épistémologiques, ni un réservoir d'exemples colorés pour illustrer des expériences historiques. Le théâtre, c'est un opérateur philosophique, une manière de penser autrement. Cet ouvrage montre à quel point, au fil des récits de Foucault, la vérité trouve dans l'histoire l'élément moins de sa réalisation que de sa mise en scène et, partant, de son indéfinie fragmentation : pluralité des voix, dramatiques des prises de parole, résistances et rébellions des corps, spectacles du pouvoir, tragique des vérités impossibles. Si le chemin que trace la vérité dans la vie des hommes relève à ce point de la représentation, du drame ou de la farce, c'est qu'elle n'est pas le reflet calme des choses. La vérité, c'est un trouble critique dans l'expérience de soi, c'est une performance politique. S'appuyant non seulement sur ses ouvrages publiés mais aussi sur un ensemble d'inédits, ce livre déploie le theatrum philosophicum de Foucault, et, plus largement, de la pensée contemporaine.

Arianna Sforzini est docteure en philosophie de l'Université Paris-Est Créteil et de l'Université de Padoue. Actuellement cher-cheure post-doctorale à l'Institute for Cultural Inquiry de Berlin et chercheure invitée à la Bibliothèque nationale de France, elle est la coéditrice de plusieurs volumes collectifs sur la pensée de Foucault et l'auteure de Michel Foucault. Une pensée du corps (Paris, Puf 2014).

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Patrick Tort : Théorie du sacrifice. Sélection sexuelle et naissance de la morale

Belin - Septembre 2017


Alors que le sacrifice paraît ne plus poser aux anthropologues de questions démesurément complexes, le sacrifice de soi demeure un mystère. Darwin lecteur de Kant y reconnaît avec ce dernier la forme la plus élevée de la vie morale. Cela le conduit par conséquent ce qui eût révolté Kant et toute la philosophie à explorer en naturaliste les manifestations de ses ébauches animales.
La propension auto-sacrificielle est indissociable du choix d'objet. Séduire expose, et qui s'expose se nuit. L'érotisme condamne à l'héroïsme, qui peut être indifféremment récompensé ou puni. La beauté de certains oiseaux mâles à l'époque des parades s'accompagne inévitablement d'un risque de mort sensiblement accru. Mais plus grand est le risque, plus forte aussi est la séduction. Le développement quasi hypertélique des bois du cerf accroît ses chances de conquête sexuelle et diminue simultanément ses chances de survie. Symétriquement, le « sentiment de la beauté » est né chez les femelles lorsque les indices ostensibles de la force des mâles ont commencé à exprimer plus que leur force réelle, en devenant des signes avantageux de cette force, au prix d'un affaiblissement certain, dissimulé sous l'affichage hyperbolique de son contraire.
En montrant comment la force apparente devient plus forte que la force réelle, ou comment les charmes l'emportent sur les armes, Darwin indique en vérité ce qu est, pour un naturaliste, l'origine du symbolique dans le champ délicat de la compétition amoureuse. Simultanément, il désigne l'origine du mensonge spécial par lequel tel mâle se rend irrésistible en se couvrant d'accessoires susceptibles de le conduire à la mort, et en s'annonçant de la sorte plus fort qu'il ne l'est. Celui qui recherche l'alliance doit se montrer ainsi disposé à mourir.
Le « don de soi » que l'éthique du christianisme place au fondement de l'autosacrifice du Christ peut-il dès lors être sans rapport avec ces modalités primitives de l alliance ? Le scénario freudien de la « horde primitive », qualifié à tort de « darwinien », où le meurtre politique du père précède et engage le renoncement pulsionnel des fils inventant l'égalité à travers l'institution communautaire de l auto-sacrifice, permet-il d'esquisser une réponse à la grande question de l'origine de la morale ? En juxtaposant d'une manière subtilement sacrilège le risque couru à travers l'oubli de soi lié aux paradoxes amoureux du monde animal et l'horizon moral kantien de l auto sacrifice volontaire, Darwin aide d'une manière décisive à concevoir cette réponse.

Patrick Tort, fondateur et directeur de l'Institut Charles Darwin international (www.darwinisme.org), chercheur au Muséum national d'histoire naturelle, lauréat de l'Académie des sciences, et agrégé de l'Université, docteur en littérature, docteur d'État en philosophie et en linguistique. Il a dirigé le Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution (PUF, 1996) et publié plus de cinquante ouvrages concernant principalement l'histoire et la théorie des sciences du vivant, mais aussi l'esthétique et les sciences de l'homme et de la société (dernier ouvrage paru : Qu'est-ce que le matérialisme ? Belin, 2016). Il est le maître d'oeuvre de la traduction française et de l'édition savante des oeuvres complètes de Charles Darwin.

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Revue de métaphysique et de morale - Numéro 2017/3 - N° 95 - La phénoménologie de Jan Patočka

PUF - Septembre 2017


Page 299 à 302 : Renaud Barbaras - Présentation | Page 303 à 316 : Ovidiu Stanciu - De la manifestation au réel | Page 317 à 328 : Émilie Tardivel - L’épochè et le problème du donné | Page 329 à 340 : Frédéric Jacquet - Manifestation et interpellation : la refonte patočkienne de la phénoménologie | Page 341 à 356 : Dragos Duicu - Le déplacement de la question téléologique dans la philosophie phénoménologique de Patočka | Page 357 à 370 : Marion Bernard - Patočka et Platon : l’idée d’une politique de l’âme | Page 371 à 392 : Gilbert Gérard - Subjectivité et effectivité dans la Préface de la Phénoménologie de l’esprit | Page 393 à 426 : Isabelle Thomas-Fogiel - L’opposition entre réalisme et idéalisme ? | Page 427 à 431 : - Recensions.

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vendredi 8 septembre 2017

Catherine Malabou : Les nouveaux blessés. De Freud à la neurologie : penser les traumatismes contemporains

PUF - Septembre 2017 - Collection : Quadrige


« Au possédé ou à l'aliéné de l'ancienne médecine, au névrosé de la psychanalyse, se sont substitués les nouveaux blessés cérébraux. Le spectre large de leurs apparitions révèle l'économie d'une condition post-traumatique inédite qui demande aujourd'hui à être pensée.
La difficulté tient à la nécessité de situer ce problème de dimension mondiale entre l'hypothèse freudienne de la pulsion de mort et l'hypothèse neurologique d'une mort de la pulsion. »

Professeure au Centre de recherche en philosophie moderne et contemporaine de l'université de Kingston (Royaume-Uni), Catherine Malabou enseigne également à l'université de Californie à Irvine. Elle est notamment l'auteure de Avant demain. Épigenèse et rationalité (Puf, 2014) et Métamorphoses de l'intelligence (Puf, 2017).

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Pierre Rodrigo : Montages du sens. Philosophie, cinéma et arts plastiques

Circé - Septembre 2017


L’image peut-elle créer du sens ? Pour répondre à cette question le cinéma est un auxiliaire précieux, lui qui recueille, en le transformant, l’héritage formel et stylistique des arts qui l’ont précédé, y compris celui des arts voués aux seules formes statiques. L’idée directrice du parcours proposé ici est que le cinéma est, bien davantage que l’art des images mobiles, un art de la mobilité du sens et de son intensification parce qu’il est art du montage. C’est sa spécificité. La reconnaître ne conduit pas, loin s’en faut, à oblitérer la seconde composante de l’esthétique et de la logique cinématographiques : la composition du plan, le cadrage.

L’analyse des possibilités expressives propres au cinéma contraint à poser autrement les questions philosophiques sur l’image, l’être et le mouvement. Une autre pensée de l’image se précise alors : l’image libérée du poids du modèle immuable et créatrice de sens en raison de sa mobilité propre ; l’image ouverte au sens parce que fragmentaire, et fragmentaire parce que prise dans une série intensive qui la transforme par le biais du montage ; l’image, pour tout dire, qui, étant toujours en appel de sens, nous force à percevoir les êtres et les choses dans toute leur épaisseur d’être, donc dans leur profondeur-de-monde. C’est par là que le cinéma donne une nouvelle amplitude à ce que nous nommons le « réel ».

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RUE DESCARTES N° 91, 2017/1 : Variations philosophiques sur la question du management

Collège International de Philosophie



Sommaire


HORIZONS

Pour un management faible
Ghislain Deslandes

CORPUS

Le management de la démobilisation
Jean-Philippe Milet

« Œil pour œil, main pour main » : Digressions autour de l’étymologie du management
Baptiste Rappin

Machiavel et le management : Limites et pertinence d’une affiliation
Thierry Ménissier

Entre normes et stratégie : Quelques apports de la Responsabilité Sociale des Entreprises
Emmanuel Picavet

Le nouveau management, une éthique de l’acuité
Thierry Berlanda

Management, humanisme et subjectivité : Entre analyse du travail et philosophie
Éric Hamraoui

Conflits de valeurs internes aux sujets et aux organisations
Pierre Ancet

PAROLE

Entretien avec BERNARD STIEGLER
Ghislain Deslandes et Luca Paltrinieri

TRAVERSES

Ré-jouir : Pour une esth/éthique de la marque
Benoît Heilbrunn

The problem with the idea that « only what can be measured can be managed » : Bataillean intuitions
Mollie Painter-Morland


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jeudi 7 septembre 2017

Frédéric Pouillaude, Aline Caillet (dirs.) : Un art documentaire. Enjeux esthétiques, politiques et éthiques

Presses universitaires de Rennes) - Septembre 2017 - Collection : Aesthetica


Longtemps restreint au seul champ cinématographique (et, dans une moindre mesure, photographique), le terme « documentaire » connaît depuis une quinzaine d’années au moins un usage multiple et proliférant, pouvant s’appliquer à des médiums aussi divers que la littérature, la bande-dessinée, le théâtre ou la danse. Parallèlement, les arts visuels se sont emparés de l’objet et de la forme « document », y voyant l’un des lieux possibles de renégociation de leur rapport à l’Histoire, à la politique, et tout simplement au réel. Qu’est-ce qui de l’art se trouve transformé, déplacé et mis en tension par cette promotion et cet élargissement du modèle documentaire ? En quoi l’art y demeure-t-il distinct du journalisme, du reportage ou de l’enquête historique ou sociologique ? Dans quelle mesure les procédures artistiques, selon la liberté et l’inquiétude qui les caractérisent, viennent-elles bouleverser notre rapport ordinaire à la référence, à l’information et à la construction de la vérité ? C’est ce champ de réflexion que cet ouvrage entend ouvrir à travers l’hypothèse d’un « art documentaire », compris comme un lieu où des problématiques communes, des stratégies et des manières de faire entrent en écho et s’éclairent réciproquement. Il rassemble des contributions d’auteurs français et étrangers, universitaires comme artistes, et vise à décloisonner la réflexion sur le documentaire à travers une multiplicité d’approches disciplinaires.

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Jacques Ricot : Penser la fin de vie. L'éthique au coeur d'un choix de société

Presses de l'EHESP - Septembre 2017 - Collection : Controverses


Que signifie « mourir dans la dignité » ? Doit-il y avoir une « exception d’euthanasie » ? A quoi servent les soins palliatifs ? La philosophie nous apprend-elle quelque chose sur la mort ? Telles sont les questions d'actualité sur lesquelles se penche le philosophe Jacques Ricot. Puisant ses réflexions dans ses rencontres avec des familles et des soignants confrontés à la question de l’accompagnement ultime, il développe, de façon accessible et éclairante, une philosophie morale interrogeant le statut du mourant dans notre société.

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Sébastien Roman : Nous, Machiavel et la démocratie

CNRS - Septembre 2017


Il est commun, aujourd'hui, d'associer la démocratie au consensus, et ce d'une double manière : d'une part en admettant qu'elle est le meilleur régime politique possible, d'autre part en considérant que l'accord vaut intrinsèquement mieux que le désaccord, et l'entente que le conflit.
Il est commun, aujourd'hui, d'associer la démocratie au consensus, et ce d'une double manière : d'une part en admettant qu'elle est le meilleur régime politique possible, d'autre part en considérant que l'accord vaut intrinsèquement mieux que le désaccord, et l'entente que le conflit. La qualité de la démocratie tiendrait à ses débats publics, qui à la fois rendent possible la confrontation des points de vue, tout en y mettant fin par l'obtention de consensus éclairés et légitimés par la règle de la majorité. 
Et si le conflit, au contraire, dans certaines conditions, devait servir de principe à la vie politique ? Il ne suffit pas de vivre en démocratie pour rendre la démocratie vivante. La démocratie n'est pas un régime mais un questionnement. Elle exige des citoyens une interrogation continue sur le bien commun à suivre. 
Machiavel n'était pas un démocrate. Mais c'est étrangement en actualisant sa pensée, dans le sillage des travaux de Lefort, qu'il est possible d'associer le conflit civil avec l'imaginaire social pour redynamiser la démocratie par la tension conflictuelle entre l'idéologie et l'utopie. Penser la démocratie à partir de ce que donne à penser Machiavel : voilà ce que s'efforce de faire Sébastien Roman, pour proposer dans une perspective républicaine le modèle d'un espace public dissensuel. 

Chercheur associé au laboratoire Triangle UMR 5206 de l'ENS de Lyon, Sébastien Roman est spécialiste de philosophie politique, et enseigne dans le secondaire et à la faculté de philosophie de l'Université Jean Moulin Lyon 3.

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Philosophie 2017/4 (N° 135) : Alexandre Kojève face à Carl Schmitt

Editions de minuit - Septembre 2017


Le présent numéro est à la fois consacré à l’échange de vues entre Alexandre Kojève (1902-1968) et Carl Schmitt (1888-1985), et à la figure d’A. Kojève comme penseur politique. Jacob Taubes rappelle en effet sa rencontre avec Kojève à Berlin en 1967, et décrit sa propre stupeur en apprenant que ce dernier comptait se rendre ensuite à Plettenberg pour rencontrer Carl Schmitt, qui était selon lui la seule personne avec laquelle il valait la peine de parler dans toute l’Allemagne. Au cours des années 1950, Kojève et Schmitt ont entretenu une correspondance qui porte aussi bien sur l’état géopolitique et le devenir du monde que sur les fondements métaphysiques de la politique, et bien entendu sur Hegel. Cette correspondance entre un philosophe hâtivement qualifié de marxiste, alors engagé dans l’action publique de par ses fonctions au ministère français des Affaires étrangères, et un juriste brillant, mais dont l’image a été durablement altérée par son engagement nationalsocialiste, fut à l’origine d’une conférence donnée par Kojève en Allemagne en 1957, qui propose une interprétation originale de la décolonisation et des possibilités qu’elle ouvre, en particulier pour l’Europe.

Si l’ouvrage de Schmitt sur le concept de nomos n’avait pas encore été publié lorsque Kojève travaillait à l’Esquisse d’une phénoménologie du droit, le philosophe russe a en revanche lu l’article de Schmitt « Nehmen, Teilen, Weiden » (« Prendre, partager, paître ») lorsqu’il lui rend visite en 1957, et ce thème est présent à la fois dans le texte de la conférence que Kojève prononça à cette occasion et dans la correspondance avec Schmitt. Lors de cette conférence prononcée par Kojève au Rhein-Ruhr-Club de Düsseldorf, qui fut organisée par Carl Schmitt lui-même, il exprime sa vision de l’Europe comme espace et société unifiée : il s’agit d’un plaidoyer pour une sorte de Grossraum européen. Le texte de cette conférence est déroutant à plusieurs égards, et n’acquiert toute sa signification qu’une fois mis en relation avec l’Esquisse d’une phénoménologie du droit. Vu que la correspondance – ici traduite pour la première fois en français – et la conférence s’éclairent mutuellement, il a paru utile de les traduire et de les publier ensemble ; ces textes permettent de comprendre pourquoi Kojève considérait que Carl Schmitt était, avec Leo Strauss peut-être, son seul véritable interlocuteur.
Trois articles – de Robert Howse sur la lecture kojévienne du Nomos de la Terre de Carl Schmitt, de Teresa Pullano sur la philosophie de l’Europe et la pensée du droit de Kojève et de Jean-François Kervégan sur la figure métaphysique du Sage kojèvien, acteur et produit de la « fin de l’histoire » – entreprennent, à partir notamment de ce corpus, de cerner l’originalité des conceptions de Kojève penseur du politique, qui est bien plus qu’un commentateur original et imprudent de Hegel : un philosophe audacieux et profond, qui a à bien des égards aperçu ce dont notre monde serait fait.

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mercredi 6 septembre 2017

Cédric Paternotte : Agir ensemble. Fondements de la coopération

Vrin - Septembre 2017 - Philosophie concrète


Marcher ensemble, porter une table à plusieurs, participer à une manifestation, et même discuter, sont autant d’exemples de coopération humaine – d’action conjointe. Par opposition, les mouvements d’une foule dans la rue, la course simultanée d’individus vers un abri lorsque l’orage se déclare ne sont que des actions collectives. Mais comment distinguer les unes des autres? Quand pouvons-nous dire que des personnes ont vraiment agi ensemble? Et comment expliquer qu’ils coopèrent même lorsque le risque d’échec est considérable? Cet ouvrage se propose de répondre à ces questions, en se penchant sur toutes les dimensions de la coopération : les buts collectifs, la connaissance commune, ainsi que les facteurs psychologiques, cognitifs et stratégiques qui la favorisent. À partir de notions telles que l’identification de groupe, on défendra en particulier la thèse que certains types d’actions de masse, comme les manifestations, peuvent constituer des exemples légitimes de coopération.

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Pascal Chabot : Global burn-out

PUF - Septembre 2017


Il fallait établir ce constat : avant d'être un problème individuel, le burn-out est d'abord une pathologie de civilisation. Marquée par l'accélération du temps, la soif de rentabilité, les tensions entre le dispositif technique et des humains déboussolés, la postmodernité est devenue un piège pour certaines personnes trop dévouées à un système dont elles cherchent en vain la reconnaissance. Mais ce piège n'est pas une fatalité. Face aux exigences de la civilisation postmoderne, on peut se demander comment transformer l'oeuvre au noir du burn-out afin qu'il devienne le théâtre d'une métamorphose, et que naisse de son expérience un être moins fidèle au système, mais en accord avec ses paysages intérieurs.

Pascal Chabot est philosophe. Il enseigne à l'Ihecs (Bruxelles). Il est l'auteur, aux Puf, d'Après le progrès et des Sept stades de la philosophie et, chez Vrin, de La philosophie de Simondon.

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Vincent Citot : Problèmes épistémologiques en histoire de la philosophie

Liber - Septembre 2017


Cet ouvrage est motivé par ce constat paradoxal : alors que l'histoire de la philosophie a pris une importance énorme dans la production philosophique, la réflexion épistémologique sur les méthodes et les enjeux de cette histoire est restée tout à fait négligée. Or, faire quelque chose sans s'interroger sur la façon dont on le fait, c'est prendre le risque de mal le faire. Parmi le grand nombre de questions qui se posent à cet égard, on doit se demander que signifie bien comprendre un auteur du passé ? Faut-il considérer avant tout ce qu'il a voulu dire, ou bien expliquer ce qu'il a dit par des influences souterraines non conscientes ? Faut-il expliquer les penseurs par les courants qui les comprennent, ou bien ne considérer les courants, les écoles et les traditions que comme des affiliations intellectuelles abstraites ? L'histoire de la philosophie doit-elle servir à former le jugement philosophique présent, ou bien valoir pour elle-même ? Qui est le plus à même de l'écrire : l'historien ou le philosophe ? Qui doit l'enseigner, et selon quelle méthode ? La seule thèse que cet ouvrage se permet de défendre est celle-ci : toutes ces questions se posent, et l'historien de la philosophie aurait profit à se les poser plus frontalement qu'il ne le fait de coutume. Pour y voir clair, le lecteur trouvera donc dans cet ouvrage des contributions de philosophes, d'historiens, de sociologues, de même, pour aller au-delà de l'aire occidentale, des textes d'arabisant, d'indianiste et de sinologue.

Vincent Citot est directeur de la revue ""Le Philosophoire"" depuis 1996 et enseigne la philosophie à l'ESPE Paris-Sorbonne.

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mardi 5 septembre 2017

Daniele Lorenzini : La force du vrai. De Foucault à Austin

Editions Le Bord de l'eau - Juillet 2017 - Collection : Diagnostics


Cet ouvrage propose une lecture originale du projet foucaldien d'une histoire de la vérité qui vise à en mettre clairement en lumière les enjeux éthiques et politiques, grâce à l'établissement d'une confrontation entre les analyses de Foucault sur la parrêsia antique, les travaux de J.L. Austin sur l'énoncé performatif et l'étude de l'énoncé passionné par Stanley Cavell. Le problème qui est ainsi posé, en lien mais également en décalage avec les réflexions traditionnelles sur le pouvoir des mots, est celui de la force du vrai : est-il possible ou légitime d'affirmer que la vérité est une force qui s'inscrit, de manière toujours " stratégique ", à l'intérieur d'un champ de bataille ? En répondant par l'affirmative, cet ouvrage entreprend d'interroger sous un angle inédit les rapports entre vérité, critique et vie au sein d'une éthique et d'une politique du dire-vrai.

Daniele Lorenzini, docteur en philosophie de l'Université Paris-Est et de l'Université u La Sapienza " de Rome, est chercheur postdoctoral au Centre Prospéro de l'Université Saint-Louis-Bruxelles. Auteur de nombreux ouvrages dont Ethique et politique de soi (Vrin, 2015), il a tout récemment établi l'édition critique de M. Foucault, Dire vrai sur soi-même (Vrin, 2017).

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Claire Schwarz : Leibniz. La raison de l'être

BELIN - Août 2017 - Collection : Le chemin des philosophes


Passionné par les affaires du monde il est docteur en droit et diplomate tout comme par celles de l'esprit c'est un esprit féru de mathématiques, de physique, de logique, d'histoire, voire de géologie , Leibniz pratique la philosophie en homme qui veut tout comprendre, tout concilier, élaborant, au fil de ses découvertes, d'ambitieuses synthèses. Ce livre permet d'entrer dans cette saga du savoir, pour en repérer les enjeux théologiques, scientifiques et philosophiques.

Claire Schwarz, agrégée et docteure en philosophie, maître de conférences à l'Université de Paris Nanterre, est spécialiste de philosophie classique (XVIIe-XVIIIe siècles). Elle a notamment publié Malebranche (Les Belles-Lettres, 2015) et plusieurs articles sur Berkeley, Descartes, Leibniz et Malebranche.

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